Attraper des voleurs dans une bibliothèque

C'était une agréable fin d'après-midi quand Lapin le loup-dragon entendit des bruits métalliques venant de la bibliothèque. Personne n'était supposé se balader autour des étagères avec des équipements en métal, encore moins quand la bibliothèque a fermé une heure auparavant.

Lapin, intrigué par le bruit de pas, et légèrement ennuyé, hurla dans la bibliothèque, ordonnant au groupe de s'identifier. Ses oreilles pivotèrent, tentant de capter des informations sur la source du bruit. La bibliothèque restait silencieuse, les bruits de pas métalliques et les bruits de frottement avaient cessé. Le duo s'immobilisa en tentant de ne pas faire de bruit et regrettaient de porter leur armure bruyante. Le facteur d'intimidation et la peur d'être attrapé n'aidaient pas à stopper les regrets.

D'expérience, Lapin savait que quelque chose était étrange et ce n'était pas la première fois qu'il surprenait des chevaliers tentant de voler dans sa bibliothèque. Afin de faire une diversion classique et induire les chevaliers en erreur, il pensa à voix haute que le bruit « devait être le vent », ensuite il ferma la porte, feinta la verrouiller et resta silencieux. Les chevaliers n'avaient aucune idée si le propriétaire des lieux était toujours dans les parages ou s'en était vraiment allé. Ils se regardèrent, se chuchotèrent ce qu'ils devraient faire et restèrent immobiles. Tente secondes n'étaient même pas passées que les bruits de frottement recommencèrent. Lapin utilisa la technique de patinage aérien pour se faufiler autour des étagères, traquant les chevaliers voleurs avec l'aide du bruit qu'ils faisaient.

Quand il arriva plus proche du duo, Lapin décida de s'amuser à leurs dépens. Au lieu de juste s'arrêter et questionner les chevaliers, il allait leur faire vivre un cauchemar.

Le spectacle commença avec un bref vent froid et quelques bruits de pas lourds. Les voleurs arrêtèrent ce qu'ils étaient en train de faire, regardèrent en vitesse autour d'eux et, sans aucune autre pensée, continuèrent de dérober les livres, sachant qu'ils n'étaient plus aussi seuls qu'ils ne le pensaient. Un rire maniaque résonna dans la pièce, il dit: « On dirait que j'ai trouvé deux voleurs prétendant être innocents, attendant la fermeture de la bibliothèque pour commettre leur petite affaire de vol. Quel dommage. Regardez derrière vous… » Les chevaliers arrêtèrent de fouiller les étagères et regardèrent derrière, comme commandé. Ils virent une vision d'horreur au sommet d'une étagère: deux cercles, un bleu, un jaune, scintillaient dans l'ombre. Un sourire sinistre apparut, les dents sabrées chatoyaient de jaune et de bleu. Quelques secondes plus tard, la face sinistre disparut. Une projection grotesque intangible réapparut devant eux. La voix continua avec une intonation cauchemardesque: « Pensiez-vous que je fermerais les yeux et vous laisserais accomplir votre petite affaire, surtout après la fermeture de la bibliothèque ? Que pensiez-vous vraiment en dérobant un bibliothécaire, eh ? » Les chevaliers en armure fixèrent la figure menaçante d'un regard horrifié pendant que l'adrénaline coulait dans leurs veines, ne pouvant plus la quitter des yeux. Un éclair magique tomba derrière Lapin, illuminant brièvement la bibliothèque et esquissant sa silhouette. Les chevaliers hurlèrent. Un des deux attrapa son partenaire par le bras: « Kévin, sortons de là, maintenant, au diable la mission ou nous serons damnés ! »

Pour le loup-dragon dont les yeux brillants réapparurent dans l'ambiance sinistre, c'était l'heure de la chasse. Des pas lourds courraient en direction des chevaliers. Bien que leur temps de réaction était long, ils se levèrent rapidement, prirent leur butin et coururent pour leur vie en armure lourde.

« Courez autant que vous voulez… dit une voix distordue
– Je vous trouverai toujours… une autre voix continua
– Peu importe où vous vous cachez…
– Je vous trouverai… »

Le duo pétrifié errait sans but dans le labyrinthe de bibliothèques dans la pénombre. De temps en temps, il se heurtait à une chaise ou une table, mais il courait encore. Après ce qui semblait une éternité à tenter de s'échapper, un chevalier trébucha et tomba par terre d'épuisement tandis que l'autre, pris de panique, triturait maladroitement une poignée et un cadenas, sans succès. La voix distordue ria comme une maniaque une dernière fois.

Soudain, la lumière s'alluma, aveuglant les voleurs pendant un court instant. Lapin regarda un bref moment le duo se tenant ensemble et dit dans une voix normale: « Bien bien bien, regardez qui j'ai attrapé en flagrant délit en train de voler des livres. Commodément, j'ai la preuve du méfait… et le fait qu'ils venaient du Royaume des Montagnes Rouges, royaume dont le roi me haït, car je me défends des agresseurs qu'il envoie. » Les chevaliers constatèrent avec stupéfaction la capacité du loup-dragon à déterminer leur provenance avec précision.

Quelques minutes plus tard, les mains des deux chevaliers étaient attachées au dos, malgré leur lutte pour rester libres. Ils commencèrent à protester et aboyer sur le loup-dragon. « SILENCE ! hurla Lapin à bout de patience, Je vous rappelle que vous êtes sur mon terrain de jeu et que je vous ai attrapés en flagrant délit ! » Il se saisit du sac avec une forme suspecte de livres et commença à le déballer. Une fois qu'il avait un livre particulier dont il était l'auteur dans les mains, Lapin sourit et laissa un petit rire s'échapper: « Oh héhé, votre mandant voulait ce livre en particulier que j'ai écrit. Je suis flatté. Je suppose que vous ne répondrez pas à mes questions ce soir, hein ? » Silence. « C'est bien ce que je pensais. »

Les chevaliers furent escortés à leur demeure temporaire pour la nuit, cellules empêchant toute communication, pendant que Lapin concoctait un plan pour ruiner la journée de ce roi. Puisqu'il n'était pas un monstre, les chevaliers était nourris à leur faim afin qu'ils n'aient pas une mauvaise histoire à rapporter, à part avoir eu la peur de leur vie.

Le jour suivant, les chevaliers furent assis sur les mêmes chaises que la veille, en face de ce qui avait pu être leur butin.

« Bien, Lapin commença, vous avez eu toute la nuit pour penser à cela. On peut faire ça de la manière facile ou de la manière difficile, et vous pouvez même choisir.
– Nous ne répondrons à aucune question, un chevalier aboya.
– Vous êtes libres de faire ce que vous désirez, comme je suis libre de vous interroger, répondit Lapin, j'ai toute la journée; la bibliothèque est fermée. À la fin du temps imparti, vous retournerez dans vos cellules pour réfléchir un peu. Si vous désirez partir, alors vous devrez faire ce que vous avez à faire.
(silence)
– Alors commençons. Pourquoi étiez-vous dans la bibliothèque après l'heure de fermeture ?
– Nous n'avons pas vu le temps passer.
– Je ne vous crois pas. Je fais une annonce une heure avant la fermeture, puis 30, 15 et 5 minutes avant. Je décline les entrées 15 minutes avant. Combien de livres comptiez-vous voler de cette bibliothèque ?
(silence et regard vide des chevaliers)
– Quel bon début ! En regardant la taille du sac et de votre physique, sept ou dix grands livres semblent être la limite. Regardons ce que nous avons en face de nous. "Exploration de la Montagne Rouge" par un explorateur, "Vivre dans le Royaume de la Montagne Rouge: un rapport immersif comme citoyen et chevalier" par moi-même et "Faillite royale: guide pratique à partir d'exemples concrets" par un économiste. Le reste des livrets provient d'aventuriers racontant leurs prouesses…
– Oui, et ?
– Et ? Je pense que vous êtes suffisamment intelligents pour savoir quelle question je vais poser. Si j'ai trouvé ces livres ensembles dans votre sac, il doit bien y avoir une raison. Laquelle ?
(silence)
– Toujours silencieux, je vois. »

Chaque question que Lapin pose reçut une réponse silencieuse et un regard vide. Quand l'interrogatoire arriva à sa fin, il imprima le transcrit et les fit signer. Il escorta ensuite les chevaliers vers leur cellule respective où ils étaient laissés à réfléchir.

Quelques heures plus tard, Lapin les escorta de retour à la même table. Il ouvrit le second interrogatoire.

« La deuxième session est ouverte. Je suis sûr que vous avez utilisé ce temps pour préparer vos prochains coups. Si vous aviez déjà lu "Vivre dans le Royaume de la Montagne Rouge", vous devriez être au courant de certains faits critiques. Votre roi a tendance à abandonner les chevaliers qu'il juge "trop incompétents". Ils manquaient peut-être quelques compétences ou avaient beaucoup de malchance. À d'autres moments, il les jette comme un vieux chiffon une fois que la mission a été accomplie. La question principale est pourquoi vous essayeriez de le défendre en retenant des informations quand il s'en fichera des risques que vous avez pris pour accomplir sa mission ? Faites ce que vous voulez de cette information. Je poserai les mêmes questions, vous êtes libres de garder votre silence si vous le désirez.
(silence et regard pas si vide)
– Bien, combien de livres comptiez-vous voler ?
(bruits de remuement et silence)
– Je vais répéter la question puisqu'elle vous a fait réagir. Combien de livres comptiez-vous voler ?
– L'équivalent de dix sacs, un chevalier répondit enfin
(l'autre lui lança un regard en coin plein de mépris)
– Ah ! Lapin s'exclama, Une réponse. L'équivalent de dix sacs, vous dites ? Comment pensiez-vous les ramener ?
– Avec un cheval tirant une charrette. Un troisième chevalier nous attendait un peu plus loin.
– Mhm… quand je cherchais vos sacs deux jours auparavant, j'ai trouvé ces livres et quelques autres dans d'autres sacs. Il doit bien y avoir un motif pour voler ces livres précisément et une pile de livrets pour les dissimuler. Si vous étiez très intéressés en la matière, vous auriez emprunté ces livres, pas volé.
– Nous avons été ordonnés de saisir ces livres. Apparemment, le roi les déteste vraiment. Il nous a dit qu'ils contiennent des faits et descriptions qui ternissent sa réputation, la réputation du royaume et sa capacité à maintenir la cohésion de son armée. Le commerce n'a pas été très bon ces derniers temps, car des ventes sont refusées par la peur de ne pas être payé, ou bien les achats doivent être payés en amont.
(Un autre regard en coin de l'autre chevalier plein de mépris)
– Qu'advient-il des livres volés par les chevaliers qu'il envoie ?
– On ne sait pas, ils sont probablement brûlés, déchirés ou cachés du public dans des endroits sécurisés qu'uniquement quelques chevaliers connaissent. »

Lapin se leva et marcha dans la pièce en réfléchissant. Le chevalier resté silencieux lança un regard noir à son partenaire, comme pour dire d'arrêter de dévoiler des secrets. Des longues minutes de silence suivirent.

« Bien, Lapin conclut, selon vos dires, votre roi a tenté de censurer ces livres en les volant et, en somme, les détruisant. Si votre roi est si déterminé à mettre la main dessus, ils doivent contenir des vérités inconfortables et je suis flatté par ce désir profond d'avoir un livre que j'ai écrit. Voyez-vous, "Vivre dans le Royaume de la Montagne Rouge" a été écrit selon comment j'ai vécu diverses situations et quelles ont été mes expériences. Si votre roi n'avait pas manqué CINQ remboursements, je n'aurais pas écrit "Le gouverneur du Royaume de la Montagne Rouge n'a pas l'air de se soucier de rembourser ses dettes, surtout à un dragon vivant dans les montagnes plus loin." Jusqu'à maintenant, je n'ai entendu que des excuses dans l'espoir de gagner du temps avant que je vienne frapper à la porte de son château. Peu importe… la session est terminée. »

Le loup-dragon répéta les mêmes actes lors du retour des chevaliers dans leur demeure temporaire. Cette fois, ils se chamaillaient avant leur séparation.

Le lendemain, les chevaliers furent assis sur les mêmes chaises, sauf que place nette a été faite. Ils se demandaient ce que le loup-dragon avait planifié pour eux. Bien qu'ils aient pu s'échapper il y a longtemps, ils savaient que cela aurait apporté plus de problèmes qu'ils en ont déjà. Lapin pensa à voix haute: « J'aurais pu vous tuer sur le champ il y a quelques jours, mais votre gouverneur ne mérite pas d'avoir un évènement, de construire une histoire épique pour me décrire comme un monstre sans âme et utiliser ça comme excuse pour continuer à me harceler, n'est-ce pas ? Non, je pense qu'il mérite quelque chose de plus… disons… excitant. » Il continua en regardant les deux chevaliers: « Parce que les responsabilités devraient être partagées entre vous deux, je pense que le marché est plus équitable. Il a envoyé deux de ses meilleurs chevaliers, ce qui rend le marché encore plus juteux. Qu'en pensez-vous ? Ce n'est pas comme si vous aviez le choix, après tout, vous êtes sur mon terrain de jeux… »

Lapin révéla un cercle brillant faiblement et commença son incantation magique. Des formes colorées se déplacèrent et dansèrent pendant que des particules virevoltèrent autour des chevaliers qui n'avaient pas l'air rassurés. À la fin, une paire de foudre magique tomba sur les prisonniers. Ils avaient l'air étourdis, mais ils récupéraient rapidement. Lapin, avec un sourire de satisfaction, expliqua la mission aux chevaliers: « Maintenant, écoutez bien. Vous retournerez vers votre roi et vous lui donnerez cette lettre. Elle contient un message très important pour lui. Ça a l'air brouillon, mais il comprendra. »

Les chevaliers se regardèrent, se demandant comment ils survivront les affronts de leur roi s'il découvre ce qu'il s'est passé ces derniers jours. Le magicien loup-dragon a déjà anticipé la question: « Ne vous souciez pas de vous. Il ne pourra pas vous virer aussi facilement parce que vous l'avez fâché. En fait, vous êtes plutôt protégés contre ses sautes d'humeur. Vous êtes libres de partir. »

Lapin a jeté un sort sur les chevaliers, une malédiction plutôt complexe, avec des couches constituées de mots et trucs et astuces qu'un mage humain expérimenté trouvera difficile à déchiffrer, car ils sont tellement anciens et ne sont plus enseignés dans les écoles depuis des générations. Une épée tenue par les chevaliers deviendra mystérieusement émoussée et ne fera rien. Un forgeron d'armes pourra bien aiguiser les lames, elles seront toujours émoussées lorsque maniées par les chevaliers. Afin de protéger le duo des sautes d'humeur de leur gouverneur, le roi oubliera mystérieusement la raison de leur licenciement. S'il décidait de briser la malédiction par l'épée, cette dernière fera des étincelles, se pliera et se cassera de manière formidable. En train de pourrir en prison ? Plus un problème. En d'autres termes, se débarrasser de ces chevaliers est devenu incroyablement difficile alors qu'ils devenaient des poids morts, des obstacles sur le chemin.

Cette malédiction complexe était une manière de punir le roi, car sa relation avec le loup-dragon a atteint un nouveau point bas. La lettre pliée contenait des ordres pour le roi.

Bonjour gouverneur du Royaume de la Montagne Rouge,

Vous avez essayé de voler ma bibliothèque par le travail de deux de vos meilleurs chevaliers afin d'avancer vos efforts de censure. Je suis réellement flatté que vous avez essayé de mettre la main sur un livre dont je suis l'auteur, "Vivre dans le Royaume de la Montagne Rouge". En utilisant votre détermination comme instrument de mesure à quel niveau vous voulez le censurer, ce livre doit contenir des vérités très inconfortables vous souhaitez que personne d'autre ne sache.

J'ai ouï dire que vous appréciez déchirer, brûler ou cacher du public des livres que vous "saisissez", plutôt volez. Jouons à un petit jeu, puisque vous adorez tester ma patience quand il s'agit de rembourser des sommes que vous me devez. Je vous donne sept jours calendaires pour que vous et votre petit gang me restituiez les livres que vous m'avez volés. Le non-retour ou le retour abîmés de livres résultera en une peine pécuniaire allant de pas grand-chose à beaucoup d'argent. Considérant le nombre de fois que j'ai vu de la fumée s'échapper de votre résidence royale, bonne chance.

J'attends également le prochain paiement dans quelques semaines. Le dépassement du délai imparti résultera en la saisie de biens dans votre palace afin de les vendre aux enchères. Enfin, je vous laisse apprécier à quel point nos relations se sont dégradées.

Bonne chance Le Gardien des Mémoires de la Guilde des Aventuriers et magicien mystérieux